Les épices : trois niveaux de preuve
curcuma, gingembre, ail, cannelle, piment, safran, poivre, réglisse… : ce qui est solide, ce qui est prometteur, ce qu'on ne peut pas promettre — et les précautions avec les médicaments.
Les épices ont longtemps été à la fois un condiment et un remède, et la frontière entre les deux était floue. Aujourd'hui, la science en mesure quelques effets — mais il faut distinguer trois niveaux de preuve, et c'est tout l'objet de cette page.
Trois niveaux de preuve
Solide, utile dès aujourd'hui. Relever un plat sans sel ni sucre : le service le plus sûr des épices. Une étude de 1998 (Billing et Sherman, Quarterly Review of Biology) sur 4 578 recettes de 36 pays observe aussi que plus il fait chaud, plus on épice et plus on choisit des épices antibactériennes — une hypothèse bâtie sur des recettes et des climats, pas une expérience. Le gingembre contre les nausées de la grossesse est l'un des effets les mieux étudiés. Prometteur, mais à nuancer. Curcuma, cannelle, ail, cumin, safran, menthe : des essais observent des effets sur l'inflammation, la glycémie ou la douleur, mais souvent avec des extraits concentrés en gélules, pas avec la pincée du plat, et les résultats varient d'une étude à l'autre. À ne pas promettre. Prévenir ou guérir une maladie grave ; tout ce qui repose sur « ça se fait depuis toujours » (l'ancienneté d'un usage ne prouve pas un effet) ; le piment qui « protège » (les études d'observation ne peuvent pas le prouver).Les fiches
- Le curcuma · le gingembre · la cannelle · l'ail
- Le piment · le cumin · le poivre noir · le safran
- La réglisse · le clou de girofle · la menthe poivrée
Épices et médicaments : ce qu'il faut savoir
Les épices ne sont pas anodines à haute dose ou sous forme de compléments. Ce que les sources consultées permettent de dire (les points non documentés sont indiqués comme tels sur chaque fiche) :
- Curcuma en complément et anticoagulants : des cas de coagulation trop lente avec la warfarine ont été rapportés ; l'avertissement vise les compléments concentrés, pas le curcuma alimentaire.
- Gingembre concentré et anticoagulants : possible, d'après le mécanisme ; aucune étude contrôlée trouvée.
- Poivre noir (pipérine) et statines : une modélisation prédit +59 % d'exposition à la simvastatine ; surtout du laboratoire.
- Réglisse et diurétiques, IEC et sartans : tension et potassium.
- Safran et antidépresseurs : les sources consultées ne précisent pas l'interaction.
- Ail concentré et anticoagulants : les sources consultées ne chiffrent pas le risque.
Deux règles pratiques : associer le curcuma au poivre et à un corps gras (sinon il ne passe pas dans le sang) ; se servir des épices pour réduire sel et sucre en gardant le plaisir. Elles aident à ralentir l'inévitable ; elles ne le suppriment pas. Parlez-en toujours à votre médecin ou à votre pharmacien si vous prenez un médicament.