Ibuprofène (Brufen, Nurofen, Advil…)
Le plus connu des anti-inflammatoires : bien pour quelques jours, avec des limites de dose, d'estomac, de reins et de tension.
Chez les personnes asthmatiques, une maladie respiratoire déclenchée par les anti-inflammatoires (N-ERD) touche entre 5,5 et 12,4 % des asthmatiques selon une méta-analyse de 2015, jusqu'à 21 % quand on la cherche par un test à l'aspirine : elle est probablement sous-estimée. Chez les personnes sensibles à l'aspirine, l'ibuprofène, le naproxène et le diclofénac réagissent presque tous (98 %, 100 % et 93 % dans une analyse regroupée) : le mécanisme est commun à ces médicaments. Le paracétamol est le plus souvent toléré (7 % de sensibilité croisée), mais pas toujours : à confirmer avec un médecin. Si l'asthme s'est déjà aggravé après l'aspirine ou un anti-inflammatoire, ne pas les reprendre sans avis.
Chiffres tirés de résumés d'articles (revues sur la maladie respiratoire déclenchée par les anti-inflammatoires), non des textes complets.
Noms de marque courants : Brufen, Nurofen, Advil (France). Noms vérifiés le 21-10-2026 dans les bases officielles belge (AFMPS) et française (ANSM) ; « (Belgique) » ou « (France) » : vendu dans ce seul pays.
À quoi il sert
Soulage la douleur, la fièvre et l'inflammation (maux de tête, règles douloureuses, douleurs musculaires et articulaires, mal de dents, état grippal) en bloquant les prostaglandines.
Ce qu'il épuise
Pas de carence en nutriment établie dans les sources consultées. Les risques sont ailleurs. Estomac : saignement, gastrite, ulcère, plus fréquents chez les personnes âgées ; dans une étude, le risque de saignement digestif était multiplié par 1,8 jusqu'à 600 mg par jour et par 3,5 entre 601 et 1 200 mg. Reins : baisse de la fonction rénale, plus nette en cas de déshydratation. Cœur et tension : des événements graves (infarctus, accident vasculaire) font l'objet d'un encadré d'avertissement, associés surtout à l'usage prolongé de fortes doses ; une étude de 2012 a trouvé une légère hausse de la tension systolique par rapport au paracétamol.
Les signes possibles
Douleurs ou brûlures d'estomac, selles noires, urines moins abondantes, chevilles gonflées, tension qui monte.
Ce qu'il faut surveiller
La durée d'usage ; la tension chez la personne âgée ou hypertendue ; la fonction rénale en cas d'usage répété ; les signes digestifs. La dose en vente libre est de 200 à 400 mg toutes les 4 à 6 heures, avec un maximum de 1 200 mg par jour sauf avis médical (StatPearls).
Ce qu'on peut faire
Prendre la dose la plus faible, le moins longtemps possible, pendant un repas ou avec du lait si l'estomac proteste (notice). Boire suffisamment. Pour une douleur durable, demander au médecin ce qui convient.
Et avec l'âge, ça se complique
Plus on avance en âge, plus cet appauvrissement compte. L'absorption baisse (moins d'acidité dans l'estomac, intestin moins efficace), les reins et le foie filtrent différemment — et surtout les médicaments qui épuisent se cumulent : après 60 ans, prendre cinq traitements ou plus est courant. Or les conséquences, elles, pèsent plus lourd : chute, perte de mémoire, fracture. C'est l'âge où une revue complète de l'ordonnance avec le médecin — et le pharmacien — prend tout son sens.
Précautions
⚠️ Pas d'ibuprofène avec un anticoagulant, un diurétique avec un IEC ou un sartan, le méthotrexate, ou en cas de maladie des reins, d'ulcère ou d'allergie à l'aspirine, sans avis. Grossesse : après 20 semaines, des effets sur les reins du fœtus sont décrits ; entre 20 et 30 semaines, dose minimale et durée courte ; à éviter après 30 semaines (fermeture précoce d'un canal du cœur du fœtus). Aspirine à faible dose : l'ibuprofène pris avant elle peut réduire son effet antiplaquettaire ; la notice conseille de prendre l'aspirine au moins 2 heures avant. Lithium : les sources signalent que l'ibuprofène et le naproxène peuvent faire monter le taux de lithium (évidence la plus forte avec l'indométacine, variations importantes d'une personne à l'autre) ; on surveille le taux de lithium quand un anti-inflammatoire est ajouté ou arrêté. Les sources ne permettent pas de dire si l'effet existe aux doses et durées de la vente libre : prévenir le médecin qui suit le lithium.
Associations à connaître
Le risque de saignement augmente. Avec la warfarine, une méta-analyse trouve un risque de saignement général multiplié par 1,58 et de saignement digestif par 1,98. Avec les anticoagulants oraux directs, les recommandations du service de santé britannique (NHS) signalent le même risque, mais les chiffres propres à ces médicaments sont moins nombreux. Pour la douleur, demander au médecin ou au pharmacien l'alternative, avant d'acheter de l'ibuprofène.
Voir : Anticoagulants (warfarine, acénocoumarol, anticoagulants oraux directs)
Le risque de saignement digestif est plus élevé quand les deux sont pris ensemble (StatPearls). Demander s'il faut une protection de l'estomac.
Voir : Aspirine à faible dose (Asaflow, Cardio-aspirine, Aspégic…)
Ce trio est associé à une atteinte aiguë des reins : environ 31 % de risque en plus par rapport à un diurétique avec un IEC ou un sartan seuls dans une synthèse. Dans une analyse, le plus souvent l'anti-inflammatoire était ajouté à un traitement déjà en place, et l'atteinte survenait en moyenne 6,5 jours après. Une étude japonaise récente situe le risque surtout dans l'association diurétique + anti-inflammatoire, les diurétiques de l'anse étant les plus à risque. Si vous avez déjà les deux traitements, avant de prendre un anti-inflammatoire, demandez conseil.
Voir : Médicaments de la tension : IEC et sartans (périndopril, ramipril, losartan, valsartan…) · Diurétiques
Selon les notices, un anti-inflammatoire peut diminuer l'effet du diurétique sur l'eau, le sel et la tension, et augmenter le potassium avec un diurétique épargneur de potassium.
Voir : Diurétiques
Une méta-analyse trouve un risque de saignement de l'estomac supérieur de 75 % (rapport de cote 1,75) quand les deux sont associés. Une revue indique qu'une protection de l'estomac (IPP) réduit ce risque. Une étude de 2008 n'avait pas trouvé cette interaction.
Voir : Antidépresseurs (ISRS)
Les deux passent par le même transporteur des reins : le méthotrexate s'élimine plus lentement. Le service de santé britannique conseille de ne les associer qu'avec un avis de spécialiste et de ne pas acheter d'ibuprofène ou d'aspirine à dose antidouleur sans en parler. L'aspirine à faible dose antiplaquettaire peut continuer.
Voir : Méthotrexate
Une méta-analyse de 16 études associe l'usage conjoint à un risque de saignement de l'estomac et du duodénum supérieur d'environ 83 % (rapport de cote 1,83). Une protection de l'estomac est envisagée si l'association est nécessaire.
Voir : Corticoïdes au long cours
Liste non exhaustive, tirée des sources citées dans chaque encadré. Demandez toujours à votre pharmacien de vérifier l'ensemble de vos médicaments, y compris ceux sans ordonnance et les plantes.
Lire la notice officielle
La notice est propre à chaque boîte : elle dépend de la marque et du dosage. Choisissez la substance, puis repérez dans la liste le nom écrit sur votre boîte.
Base officielle belge des médicaments (AFMPS). En France : base publique des médicaments.
Pour aller plus loin — nos livres
Médicaments au long cours et carences invisibles
Même famille — Anti-douleur
Anti-inflammatoires (ibuprofène, diclofénac, naproxène…) — Les anti-douleurs de l'armoire à pharmacie — faits pour quelques jours, souvent… Paracétamol — L'antidouleur le plus pris au monde — sûr à la bonne dose, mais qui consomme le… Anti-douleurs opioïdes (tramadol, codéine, morphine) — Pour la douleur qui résiste — à garder le moins longtemps possible et à arrêter…Information documentaire, pas un avis médical, et jamais un conseil d'arrêt : aucun traitement ne se modifie ni ne s'arrête sans son médecin. L'objectif est de savoir quoi surveiller et quoi lui demander.
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