Toujours froid : l'intolérance au froid (frilosité, frissons)
avoir toujours froid, jusqu'aux frissons : le corps a un thermostat à étages ; les causes possibles sont nombreuses (thyroïde, fer, âge, médicaments…) et une partie des différences entre personnes reste inexpliquée.
Avoir toujours froid — les mains glacées, un frisson sous un pull, des tremblements quand les autres sont à l'aise — est fréquent et rarement expliqué d'un seul mot. Les sources consultées ne classent pas les causes par fréquence : cette fiche dit ce qu'elles disent, et ce qu'elles ne disent pas.
Comment le corps se défend du froid
Une région du cerveau, l'hypothalamus, compare la température de la peau et de l'intérieur du corps à une consigne d'environ 36,5 à 37,5 °C. Quand le froid arrive, les défenses s'enclenchent par étapes, de la moins coûteuse en énergie à la plus coûteuse : d'abord le comportement (mettre un pull, bouger), puis le resserrement des vaisseaux de la peau (la main devient pâle et froide), puis la graisse brune (une graisse qui brûle pour produire de la chaleur), et en dernier les frissons. Les tremblements sont donc le dernier recours. Attention : ces détails viennent surtout d'études sur des rongeurs ; les revues consultées ne confirment pas que tout se passe pareil chez l'humain.
Ce que montre une étude de population
Une enquête par téléphone à Tabriz (Iran), en 2021-2022, a interrogé 322 adultes tirés au sort. 11,8 % avaient une intolérance au froid (score de 50 ou plus à un questionnaire de gravité). Parmi eux, 71 % étaient des femmes, contre 48 % chez les autres. L'étude n'a trouvé aucun lien avec un poids faible ; la thyroïde y apparaît sans lien net (3 cas d'hypothyroïdie parmi 38 personnes avec intolérance, 13 parmi les 284 autres). Les auteurs signalent leurs limites : échantillon petit, questionnaire conçu au départ pour les maladies du membre supérieur, entretien téléphonique. Une autre source rapporte que l'intolérance au froid est plus fréquente chez les personnes minces : les deux études ne concordent pas, ce qui invite à ne pas conclure.
Les causes médicales citées par les revues
Les revues et études consultées citent, sans les classer : l'anémie, une thyroïde qui travaille au ralenti (l'hypothyroïdie : moins de chaleur produite), le manque de vitamine B12, le diabète, les maladies des vaisseaux, la maladie de Raynaud (doigts qui blanchissent au froid — un problème distinct, plus fréquent chez les femmes), la fibromyalgie, les maladies rhumatismales, un poids faible. La thyroïde mérite un mot : le froid y est un symptôme classique, mais les revues le décrivent comme non spécifique — il ressemble à celui de beaucoup d'autres problèmes — et le diagnostic repose sur la TSH et la T4 libre (voir la fiche TSH et la fiche hypothyroïdie). Dans l'hypothyroïdie légère dite « subclinique » (TSH un peu haute, T4 normale), les recommandations (BMJ) concluent que les hormones thyroïdiennes n'améliorent pas les symptômes et déconseillent le traitement après 65 ans : une TSH un peu haute n'explique donc pas forcément le froid.
Le fer, même sans anémie
Une petite étude de 1990 chez 11 femmes a vidé puis reconstitué leurs réserves de fer. Quand les réserves étaient basses, elles produisaient moins de chaleur au froid, se refroidissaient plus vite et commençaient à frissonner plus tôt, et leurs hormones thyroïdiennes montaient moins après l'exposition. C'est ancien et très petit : je n'ai pas trouvé d'essai récent sur le froid et le fer. Voir la fiche ferritine.
Pourquoi les femmes ont-elles plus froid ?
Plusieurs pistes, avec prudence. Un commentaire de 2015 (Nature Climate Change) soutient que les normes de confort des bâtiments reposent sur le métabolisme de l'« homme moyen » et sous-estiment celui des femmes ; c'est un raisonnement de modèle, pas un fait établi. Dans une enquête sur des bureaux, les femmes disent plus souvent avoir trop froid. Pour la graisse brune : elle est plus souvent détectée chez les femmes (rapport de 1,74 à 2 pour 1 dans une méta-analyse), mais les hommes en ont plus de volume (334 ml contre 194 ml sur 12 femmes et 12 hommes). Elle est plus active l'hiver que l'été, diminue avec l'âge et avec l'indice de masse corporelle. Ces études sont petites (souvent moins de 40 personnes).
L'âge et les médicaments
Avec l'âge, il y a moins de graisse sous la peau, un métabolisme plus bas, des vaisseaux qui se resserrent moins bien, et la perte de muscle (sarcopénie) réduit les frissons : la défense contre le froid faiblit. Une revue cite aussi des médicaments qui gênent la défense : les bêtabloquants (moins de production de chaleur), les inhibiteurs calciques et certains autres bloqueurs (vaisseaux qui se resserrent moins), les antipsychotiques. Ce sont surtout des revues et des cas rapportés, pas de grands essais.
Et chez les personnes en bonne santé ?
Des chercheurs (équipe de Khovalyg et Ravussin, 2022) ont mesuré la dépense d'énergie de six participants au chaud et au frais : les différences d'une personne à l'autre sont grandes dans la vie courante, ce qui plaide pour une régulation personnalisée de la température. C'est très petit (six personnes). Ce que les sources ne disent pas : pourquoi tel individu a naturellement plus froid, ni quelle part revient à la masse musculaire, à la graisse brune ou aux hormones.
Quand consulter
Des frissons sans qu'il fasse froid, un froid permanent inexpliqué qui s'installe, ou associé à de la fatigue, un essoufflement, des règles abondantes, des doigts qui blanchissent, un gonflement du cou ou un poids qui change : un avis médical s'impose. Les analyses de départ les plus courantes sont la TSH, la ferritine avec l'hémoglobine, et la B12. Chez une personne âgée, une température du corps anormalement basse est un signe d'alerte. Les sources consultées n'évaluent pas de remèdes du quotidien (boissons chaudes, épices, vêtements) : cette fiche n'en promet aucun.
Questions fréquentes
Avoir froid, est-ce forcément la thyroïde ? Non : elle est une cause possible parmi d'autres, et les sources ne la classent pas en premier. Mon bilan est normal, est-ce que j'ai tort de me plaindre ? Non : les différences entre personnes en bonne santé sont réelles et mal expliquées. Les femmes ont-elles vraiment plus froid ? Dans l'étude de population, elles étaient plus nombreuses ; les raisons restent discutées.Sources
- Intolérance au froid et facteurs associés : étude de population (Tabriz, 2021-2022) — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
- Contrôle central de la thermorégulation et de la graisse brune (revue, surtout rongeurs) — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
- Voies nerveuses centrales de la thermorégulation (ordre des défenses) — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
- Thermogenèse et thermorégulation de femmes carencées en fer sans anémie (1990) — pubmed.ncbi.nlm.nih.gov
- Hypothyroïdie : diagnostic et traitement (AAFP, 2021) — www.aafp.org
- Hypothyroïdie subclinique : recommandation rapide du BMJ (AAFP, 2020) — www.aafp.org
- Kingma et van Marken Lichtenbelt, énergie dans les bâtiments et demande thermique féminine (2015) — www.nature.com
- Surrefroidissement des bureaux et inégalité de confort thermique (2021) — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
- Graisse brune adulte : prévalence et facteurs associés (méta-analyse) — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
- Dimorphismes sexuels de la graisse brune adulte — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
- Graisse brune chez l'adulte : froid et adiposité (été, hiver) — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
- Température basse et hypothermie légère chez la personne âgée (revue) — pmc.ncbi.nlm.nih.gov
- Différences individuelles de dépense d'énergie et climat personnalisé (Khovalyg, Ravussin) — infoscience.epfl.ch
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