Alimentation

L’aliment qui n’existe pas dans la nature

Prenez un pot de yaourt nature dans votre réfrigérateur. Retournez-le. Lisez la liste des ingrédients.

Un yaourt nature fait avec du lait et des ferments lactiques contient deux ingrédients. Si vous en lisez six, huit, ou douze — dont des noms que vous ne pouvez pas prononcer — ce n’est plus tout à fait un yaourt. C’est une formulation industrielle vendue dans un emballage qui ressemble à un yaourt.

Carlos Monteiro est professeur de nutrition à l’Université de São Paulo. En 2009, il publie la classification NOVA — un système qui catégorise les aliments non pas par leurs nutriments, mais par leur degré de transformation industrielle. La catégorie 4, l’ultra-transformation, est définie simplement : des formulations industrielles contenant des ingrédients que vous ne trouveriez pas dans une cuisine domestique, assemblés pour imiter des aliments réels.

Les chiffres de ce que nous mangeons réellement sont brutaux.

En Grande-Bretagne, 57% des calories quotidiennes proviennent d’aliments ultra-transformés. Aux États-Unis, c’est la même proportion. En France, on s’approche de 36% — et la courbe monte. Ces aliments n’existaient pas dans leur forme actuelle il y a cinquante ans. Ils représentent aujourd’hui la majorité de ce que mange une population entière.

Ce que contiennent ces formulations n’est pas anodin.

Les émulsifiants — carraghénane, polysorbate 80, carboxyméthylcellulose — sont ajoutés pour donner de la texture et prolonger la durée de conservation. Des études sur les modèles murins, puis des premières études humaines, montrent qu’ils altèrent le microbiote intestinal et augmentent la perméabilité intestinale. Cette perméabilité est associée à l’inflammation systémique, aux maladies auto-immunes, à la dépression.

Le dioxyde de titane — E171 — était utilisé comme colorant blanc dans des centaines de produits jusqu’à son interdiction en France en 2020, et dans l’Union Européenne en 2022. Les études avaient montré qu’il s’accumule dans les ganglions lymphatiques et présente une génotoxicité potentielle. Il était dans les bonbons pour enfants, les sauces, les médicaments.

Pendant des décennies.

Les arômes artificiels méritent une mention particulière. Leur rôle n’est pas simplement d’imiter un goût. C’est de créer une expérience sensorielle que l’aliment réel ne peut plus procurer parce qu’il a été appauvri par la transformation industrielle. Ce sont des prothèses gustatives. Et elles créent des attentes que les aliments non transformés ne peuvent pas satisfaire — le palais se désaccorde du réel.

Une étude de 2019 publiée dans le British Medical Journal a suivi 105 000 adultes français pendant cinq ans. Chaque augmentation de 10% de la proportion d’ultra-transformés dans l’alimentation était associée à une augmentation de 12% du risque de cancer colorectal, et de 11% du risque de cancer du sein. En 2022, une méta-analyse dans The Lancet confirmait les associations avec les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2, la dépression et la mortalité toutes causes.

La réponse de l’industrie : financer des études sur les nutriments individuels plutôt que sur les produits dans leur ensemble. Parler de « calories », de « lipides », de « protéines » — mais jamais d’ultra-transformation. La classification NOVA ne figure dans aucun guide alimentaire officiel français ni européen. Elle n’a pas de lobby.

Il y a une logique économique derrière tout ça qui n’est pas cachée.

Un produit ultra-transformé a une marge nettement supérieure à un produit brut. Sa durée de conservation est plus longue. Il se transporte mieux. Il crée une accoutumance. Il génère un rachat. Un kilo de blé en grain ne rapporte presque rien. Le même kilo transformé en biscuits industriels, aromatisés, emballés, avec une mascotte et une campagne publicitaire — se vend quarante fois plus cher.

La matière première est un coût. La transformation est la valeur ajoutée.

Votre santé n’est pas dans l’équation.

Ce n’est pas une question de mauvaise volonté individuelle. Quand 57% de vos calories viennent de ces produits, c’est que le système alimentaire a été construit pour que ce soit le chemin de moindre résistance — le moins cher, le plus accessible, le plus rapide, le plus appétissant.

Ce n’est pas vous qui avez choisi. C’est le système qui a choisi pour vous.

La première résistance, c’est de savoir ce qu’on mange.


Pour aller plus loin :
Santé et Alimentation
Pourquoi êtes-vous malade ?
La Bible de l’Alimentation Anti-Inflammatoire

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