Santé

Les antibiotiques que vous mangez sans le savoir

L’OMS appelle ça une “menace existentielle pour la santé mondiale”.
Pas le changement climatique. Pas les pandémies. La résistance aux
antibiotiques.

700 000 personnes meurent chaque année de bactéries résistantes aux
antibiotiques. Projection 2050 : 10 millions par an. Plus que le cancer
aujourd’hui.

Ce que l’OMS dit moins clairement : 70% des antibiotiques consommés
dans le monde ne sont pas prescrits par des médecins. Ils sont donnés
aux animaux d’élevage.

Pas pour les soigner. Pour les faire grossir.

C’est documenté depuis les années 1950. Des doses sub-thérapeutiques
d’antibiotiques — trop faibles pour traiter une infection, suffisantes
pour modifier le microbiome intestinal — font grossir les animaux plus
vite avec moins de nourriture. Le mécanisme exact n’est pas encore
totalement élucidé. Les effets, eux, sont mesurés et reproductibles.

Un poulet industriel en 1950 atteignait son poids d’abattage en 84
jours. Aujourd’hui : 42 jours. L’amélioration génétique explique une
partie. Les antibiotiques et les conditions d’élevage intensif
expliquent le reste.

Ce qui se retrouve dans votre assiette

Les antibiotiques administrés aux animaux ne disparaissent pas
entièrement à l’abattage. Des résidus se retrouvent dans la viande, dans
le lait, dans les œufs. Les autorités sanitaires fixent des “limites
maximales de résidus” — des seuils en dessous desquels les résidus sont
considérés comme acceptables.

Acceptable ne signifie pas inoffensif. Cela signifie que le bénéfice
économique de l’élevage intensif est jugé supérieur au risque sanitaire
à ce niveau de résidus.

Ce calcul a été fait par des agences réglementaires dont les experts
ont souvent des liens avec l’industrie agroalimentaire. C’est documenté
dans les déclarations d’intérêts publiques.

Le vrai problème : la résistance bactérienne

Les résidus d’antibiotiques dans les aliments ne sont pas la
principale voie de contamination. La principale voie, c’est la chaîne de
sélection.

Quand des bactéries sont exposées à des doses sub-thérapeutiques
d’antibiotiques, les plus résistantes survivent et se reproduisent. Ces
bactéries résistantes se retrouvent dans le fumier, dans les eaux de
ruissellement, dans les sols, dans les nappes phréatiques. Elles
contaminent les légumes, l’eau du robinet, les surfaces.

Une étude publiée dans The Lancet Infectious Diseases en
2022 a analysé 471 millions de cas d’infections bactériennes dans le
monde. Résultat : 1,27 million de morts directement attribuables à des
bactéries résistantes en 2019. Premier agent pathogène résistant en
cause : E. coli — une bactérie présente dans le tube digestif
de tous les animaux d’élevage.

L’Union Européenne a agi — partiellement

En 2022, l’UE a interdit l’utilisation préventive des antibiotiques
en élevage et leur utilisation comme promoteurs de croissance. C’est une
avancée réelle.

Mais l’UE importe de la viande. Du Brésil, des États-Unis, d’Ukraine
— des pays où ces pratiques restent légales et massives. Le poulet
brésilien traité aux antibiotiques de croissance est vendu dans les
supermarchés européens. Légalement. Parce que les résidus sont en
dessous des seuils autorisés.

Le standard a changé pour les producteurs européens. Pas pour les
importations qui les concurrencent.

Ce que vous pouvez faire

  • Réduire la viande industrielle au profit de viande d’élevage
    extensif (label, circuit court, bio)
  • Privilégier le lait et les produits laitiers de pâturage
  • Ne pas exiger des antibiotiques à votre médecin pour une infection
    virale — ils ne servent à rien contre les virus et accélèrent la
    résistance
  • Soutenir les politiques qui étendent les standards européens aux
    importations

La résistance aux antibiotiques n’est pas un problème futur. Elle tue
déjà. Et elle se construit, en partie, dans votre assiette.


Pour aller plus loin :La Bible du MicrobioteLe Garde-Manger

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