En Belgique, 1 personne sur 8 prend des antidépresseurs. En France,
les chiffres sont comparables. Le marché mondial représente 28 milliards
de dollars par an. En croissance constante depuis 30 ans.
La dépression est réelle. La souffrance est réelle. Ce qui mérite
d’être examiné, c’est la mécanique qui a transformé cette souffrance en
le marché pharmaceutique le plus régulier du monde.
L’hypothèse qui n’a jamais été prouvée
Depuis les années 1990, le message dominant est le suivant : la
dépression est causée par un déséquilibre chimique — un déficit en
sérotonine. Les ISRS corrigent ce déséquilibre.
Message clair, simple, rassurant. Il médicialise la souffrance et
fournit une solution chimique identifiable.
Un seul problème : l’hypothèse sérotoninergique de la dépression n’a
jamais été prouvée.
En juillet 2022, une revue systématique publiée dans Molecular
Psychiatry — l’une des revues de psychiatrie les plus citées au
monde — conclut après analyse de l’ensemble de la littérature : “Les
données ne soutiennent pas une association entre la dépression et la
sérotonine.” Les auteurs notent que le concept de déséquilibre chimique
était “une métaphore simplifiée utilisée à des fins de communication,
pas une réalité biologique démontrée.”
Irving Kirsch et les données cachées
En 2008, le psychologue Irving Kirsch (Harvard) utilise la loi sur
l’accès à l’information pour obtenir de la FDA les données des essais
cliniques non publiés — les essais négatifs que les laboratoires
n’avaient pas soumis aux revues.
En incluant ces données cachées, la différence
antidépresseurs/placebo tombe en dessous du seuil de significativité
clinique pour les dépressions légères à modérées — qui représentent la
grande majorité des prescriptions. Seules les dépressions sévères
montrent un bénéfice net sur le placebo.
Les données existaient. Elles n’avaient pas été publiées.
Le sevrage que le prescripteur ne mentionne pas
toujours
56% des personnes qui tentent d’arrêter un antidépresseur rapportent
des symptômes de sevrage. 46% les décrivent comme sévères : vertiges
intenses, sensations de “choc électrique” (brain zaps), nausées, anxiété
aggravée, pleurs incontrôlables.
Les notices parlent de “symptômes d’arrêt”. Pas de sevrage. Le mot
choisi n’est pas anodin.
La mécanique du marché
Les thérapies cognitivo-comportementales ont une efficacité
comparable aux antidépresseurs pour les dépressions légères à modérées —
sans effets secondaires ni sevrage. Elles sont moins remboursées, moins
prescrites, moins rentables.
Le système de santé rembourse mieux ce qui se prescrit en 30 secondes
sur une ordonnance que ce qui demande 12 séances de 50 minutes avec un
thérapeute formé.
Ce n’est pas un complot contre les déprimés. C’est une mécanique
d’incentives appliquée à la souffrance humaine. Elle fonctionne
exactement comme prévu.
Pour aller plus loin : – Retrouver le chemin – Nourrir l’Âme