Six boîtes. Plus le pot de vitamines que votre fille vous a apporté en disant « papa, prends ça en plus ». Plus le sirop pour la toux qui traîne depuis février. Plus l’aspirine du soir.
Vous avalez. Vous buvez l’eau. Vous partez prendre votre café.
Et vous vous dites, comme tous les matins : « j’ai de la chance d’avoir tous ces médicaments ». Sans doute. Mais aussi : « je suis fatigué, j’ai des crampes la nuit, je ne dors plus comme avant, ma mémoire flanche. Mon docteur dit que c’est l’âge. »
Et si c’était autre chose ?
Et si vos médicaments chroniques, prescrits l’un après l’autre pour les meilleures raisons du monde, étaient en train de dépouiller silencieusement votre organisme de ses micronutriments essentiels ? Et si les plaintes que vous attribuez à « l’âge » étaient en fait des carences induites par vos propres traitements — invisibles parce que personne ne les mesure ?
C’est précisément ce que ce livre vous propose de regarder en face.
La médecine moderne est extraordinaire pour traiter les maladies aiguës et pour contrôler les maladies chroniques. Mais elle peine à voir les effets cumulatifs de la polymédication chronique sur les micronutriments.
Une molécule prescrite n’est jamais neutre métaboliquement. Elle interagit avec : - L’absorption digestive des nutriments (via acidité, transporteurs intestinaux, microbiote). - Le métabolisme hépatique (compétition pour les enzymes, déplétion des cofacteurs). - L’élimination rénale (perte par les urines). - Le stockage cellulaire (déplétion des réserves tissulaires).
Sur 5 ans, 10 ans, 20 ans de prise quotidienne, ces petites pertes deviennent massives. Et elles produisent des symptômes que les médecins, pris dans leurs quinze minutes de consultation, attribuent souvent au vieillissement ou à la maladie sous-jacente — pas au médicament censé la traiter.
Voici les principaux cas — détaillés dans le livre — qui concernent probablement votre ordonnance.
Inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) — Mopral, Inexium, Pantoloc, Oméprazole, Esoméprazole.
Les IPP suppriment l’acidité gastrique. Cette acidité est nécessaire à l’absorption de : - Fer non-hémique (légumineuses, céréales). - Vitamine B12 (libération depuis les protéines alimentaires). - Magnésium (absorption duodénale). - Calcium (forme ionisée). - Zinc.
Conséquences : anémie ferriprive, carence en B12 (parfois avec troubles neurologiques), crampes nocturnes (magnésium), ostéoporose (calcium-magnésium), infections digestives récurrentes (l’acidité gastrique est aussi une barrière antimicrobienne).
Le CBIP belge a publié plusieurs alertes (Folia 2022-2024) sur la chronicisation excessive des IPP — souvent prescrits pour 4 semaines, mais pris pendant des années. L’HAS recommande la désescalade thérapeutique.
Bêta-bloquants — Sectral, Tenormin, Bisocor, Lopressor, Sotalex.
Réduisent la CoQ10 (jusqu’à -50 %) — molécule essentielle au muscle cardiaque et squelettique pour la production d’ATP. Diminuent aussi la mélatonine nocturne. Conséquences possibles : fatigue chronique inexpliquée, intolérance à l’effort, troubles du sommeil, dysfonction érectile, baisse de libido.
Statines — Tahor, Crestor, Lipitor, Zocor, Pravastatine.
Inhibent la même voie métabolique que celle qui produit la CoQ10. Conséquences : fatigue musculaire, myalgies, crampes, parfois troubles cognitifs (cf. tome S4). Une supplémentation en CoQ10 (100-200 mg/jour) peut compenser et est souvent bien tolérée.
Diurétiques — Lasilix, Hygroton, Modurex, Aldactone.
Augmentent l’excrétion urinaire de magnésium, potassium, zinc, et certaines vitamines B hydrosolubles. Conséquences : crampes, fatigue, arythmies cardiaques modérées, dépression légère parfois.
Metformine — Glucophage, Stagid, Metformax.
Réduit l’absorption intestinale de vitamine B12 à long terme (> 4 ans de prise). Conséquences : fourmillements des extrémités, fatigue, troubles de la marche, troubles cognitifs. Dosage B12 annuel recommandé chez tout diabétique sous metformine au-delà de 4 ans.
Antidépresseurs ISRS — Prozac, Zoloft, Deroxat, Effexor, Cymbalta.
Perturbent le sodium (hyponatrémie chez la personne âgée), le magnésium, certaines vitamines B. Conséquences : fatigue inexpliquée, désorientation, chutes (risque accru chez la personne âgée).
Anticoagulants — Sintrom, Marcoumar, anticoagulants oraux directs (Eliquis, Xarelto).
Interactions complexes avec la vitamine K (les AVK la bloquent volontairement, les AOD sont neutres mais le contexte alimentaire change). Les nouvelles données suggèrent que la vitamine K2 (différente de K1) pourrait être utile même sous AVK pour la santé osseuse et vasculaire — sujet débattu, traité dans le livre.
Pilule contraceptive — Microval, Cerazette, et autres.
Au long cours, épuise les folates (vitamine B9), la B6, la B12, le magnésium, le zinc. Souvent en cause dans les migraines, la fatigue chronique inexpliquée, la dépression légère chez la femme jeune sous pilule depuis plus de 5 ans.
Corticoïdes au long cours — Prednisone, Solupred (pour BPCO, asthme sévère, rhumatisme).
Massivement ostéolytiques. Inhibent l’absorption du calcium, augmentent l’excrétion du magnésium, du potassium, du zinc, et de la vitamine D. Plus déplétion en protéines. Conséquences : ostéoporose iatrogène majeure (cf. tome S5), fragilité musculaire, immunodépression.
Un panorama complet : 14 classes médicamenteuses chroniques, leurs interactions micronutritionnelles, les symptômes à surveiller, et — pour chaque cas — la stratégie de compensation : alimentation ciblée, complémentation à doses prudentes, examens à demander à votre médecin.
Une grille de relecture de votre ordonnance personnelle : vous identifiez quelles de vos prescriptions chroniques contribuent à quelles carences possibles, et vous savez quels marqueurs demander à votre prochain bilan (ferritine, B12 active, magnésium érythrocytaire, vitamine D, CoQ10 si possible).
Les protocoles de désescalade (toujours en accord avec le médecin) : comment réduire progressivement un IPP (sevrage 6-12 semaines), comment arrêter une benzodiazépine après des années (méthode Ashton), comment réduire un antidépresseur (paliers de 10 % toutes les 4-6 semaines), comment réévaluer la nécessité d’un bêta-bloquant ou d’une statine en prévention primaire.
Le dialogue avec votre médecin : comment poser les questions sans confronter, comment proposer des adaptations plutôt que des arrêts brutaux, comment suivre objectivement une désescalade.
Le cas particulier de la personne âgée polymédiquée : la déprescription est devenue une discipline médicale à part entière (recommandations HAS 2024 sur la déprescription, criteria STOPP/START européens). Le livre la rend accessible au patient.
Jocelyne Vernet, ancienne aide-soignante à domicile, a passé des décennies à préparer les piluliers de patients âgés polymédiqués. Elle a vu des chambres entières de personnes prenant 12 à 15 médicaments par jour — dont plusieurs en doublons, plusieurs périmés dans leur indication, plusieurs introduisant les effets adverses que d’autres tentent de corriger.
Elle a aussi vu — et ce sont les souvenirs qui l’ont poussée à écrire ce livre — des patients revivre après une déprescription bien menée par le médecin traitant. Plus d’énergie. Moins de chutes. Mémoire qui revient. Sommeil qui se restaure.
Sa singularité : elle parle au patient — pas au prescripteur. Elle vous donne les outils pour mener votre dialogue médical en connaissance de cause, sans pour autant vous mettre en opposition avec votre médecin. La déprescription est un projet à deux — patient et médecin — pas un combat.
« Je prenais du Mopral depuis douze ans. Anémie ferriprive sans cause trouvée. Le livre m’a fait demander un dosage B12 et magnésium érythrocytaire — tous deux bas. Sevrage Mopral en huit semaines (avec mon médecin), supplémentation, fer remonté, énergie revenue. »
— Femme 68 ans, France.
« Mon mari, 73 ans, sous bêta-bloquant et statine depuis dix ans après son infarctus. Il s’endormait en plein milieu de la journée. On a ajouté de la CoQ10 (200 mg/j) après lecture du livre — accord cardiologue. Six semaines après, il avait récupéré 50 % de son énergie. »
— Conjointe aidante, Belgique.
« Sous antidépresseur ISRS depuis 9 ans pour une dépression légère post-divorce qui n’existait plus depuis 5 ans. Personne ne m’avait proposé d’arrêter. Le livre m’a donné la méthode et le vocabulaire pour le demander. Sevrage en 6 mois sous suivi. Je ne suis pas malade, je vais bien. »
— Femme 56 ans, France.
(Témoignages composites construits à partir de retours lectrices.)
Aucun médicament n’est neutre.
Le savoir, c’est pouvoir.
Le partager avec votre médecin, c’est gagner ensemble.
Dans la même série — Comprendre sa santé