200 millions de personnes prennent des statines chaque jour.
C’est le médicament le plus prescrit au monde. Et la justification scientifique sur laquelle il repose a été construite sur des données sélectionnées à la main par un seul homme dans les années 1950.
Ancel Keys était un physiologiste américain. En 1953, il publie une étude qui établit un lien direct entre la consommation de graisses saturées, le taux de cholestérol, et les maladies cardiaques. L’étude porte sur 22 pays. Il en a utilisé 7 — ceux qui confirmaient sa théorie. Les 15 autres contredisaient ses conclusions. Il ne les a pas mentionnés.
Cette étude a fondé cinquante ans de politique nutritionnelle mondiale.
Le cholestérol est devenu l’ennemi. Les statines — molécules qui bloquent sa synthèse par le foie — sont devenues la réponse. Les laboratoires pharmaceutiques ont financé les études qui confirmaient leur efficacité. Le cholestérol LDL a baissé dans les chiffres. Les prescriptions ont explosé.
Voici ce que les chiffres disent réellement.
En prévention primaire — c’est-à-dire chez des patients qui n’ont pas encore eu de crise cardiaque — la réduction du risque absolu des statines est d’environ 1% sur cinq ans. Ce qui signifie que pour éviter un événement cardiovasculaire, il faut traiter entre 100 et 200 personnes pendant cinq ans. Les autres ne bénéficient pas du traitement. Ils subissent quand même les effets secondaires.
Ces effets secondaires sont documentés. Douleurs musculaires — jusqu’à la rhabdomyolyse dans les cas graves. Troubles cognitifs — la FDA américaine a ajouté un avertissement en 2012 après des milliers de signalements de problèmes de mémoire. Risque accru de diabète de type 2 — reconnu officiellement, lui aussi.
Il y a un mécanisme biochimique simple derrière tout ça.
Les statines bloquent une enzyme appelée HMG-CoA réductase — la même voie métabolique que le foie utilise pour fabriquer la coenzyme Q10. La CoQ10 est indispensable à la production d’énergie cellulaire, particulièrement dans les cellules à haute demande énergétique : le cœur, les muscles, le cerveau. Les statines l’appauvrissent systématiquement.
Certains cardiologues prescrivent de la CoQ10 en complément des statines. Mais ce n’est pas une recommandation officielle. Ce n’est pas dans les guides de prescription.
La question qui n’est jamais posée dans un cabinet médical : le cholestérol est-il une cause des maladies cardiovasculaires, ou un marqueur ? Un pompier est présent sur tous les incendies. Ce n’est pas lui qui met le feu.
Des études récentes — dont une méta-analyse de 2022 publiée dans BMJ Evidence-Based Medicine — suggèrent que chez les personnes de plus de 75 ans sans antécédent cardiovasculaire, les statines n’ont pas d’effet significatif sur la mortalité totale. Mais ce sont les personnes qui en prennent le plus.
L’inflammation chronique, le sucre, le stress oxydatif, la sédentarité — les causes probables des maladies cardiovasculaires que la recherche indépendante pointe depuis vingt ans — n’ont pas de brevet. Pas de molécule exclusive. Pas de marché à 20 milliards de dollars par an.
Le cholestérol, lui, en avait un.
La médecine des symptômes ne guérit pas. Elle gère. Elle transforme un état ponctuel en état chronique. Elle crée un patient à vie là où il y avait un problème résolvable. Ce n’est pas de la malveillance dans tous les cabinets médicaux — c’est la logique d’un système formé dans les facultés financées par les mêmes laboratoires dont il prescrit les molécules.
200 millions de personnes prennent des statines chaque jour.
La plupart n’ont jamais vu le chiffre de 1%.
Pour aller plus loin :
– Cholestérol, cerveau et statines
– Cholestérol & Résistance à l’Insuline
– Lire son Bilan Sanguin